Aménager le temps scolaire, les programmes, les structures

«Ne pas oublier les différences individuelles et constituer le milieu scolaire de manière à favoriser l’épanouissement du plus grand nombre d’aptitudes possibles». O. Decroly

Pour varier les situations d’apprentissage
Pour réduire les efforts liés à une parcellisation du temps
Pour prendre le temps de construire son savoir
Pour apprendre avec d’autres enfants et avec des adultes différents

 
A. En maternelle : Des activités libres

Le matin, chaque enfant est accompagné par un parent jusque dans sa classe.
Cet accueil est possible à partir de 8h30 (jusqu’à 9h15 environ). Il est le prélude au temps d’activités libres qui se déroule jusqu’à 10h30. Pendant ce temps les enfants ont la possibilité de circuler librement dans tout l’espace réservé à la maternelle. Ils peuvent choisir leur activité à partir de l’environnement aménagé par les enseignants.

1. Quelles sont les activités possibles ?

- jeux d’eau, jeux avec le sable, menuiserie, peinture, dessin, jeux d’attention, petits jeux de société (jeux à règles), jeux mathématiques, jeux symboliques (déguisements, poupées) dans le coin maison, coin bibliothèque, constructions (grosses briques en bois, duplos, légos, kaplas, cubes), motricité sur des porteurs, sur le toboggan...
- des activités ponctuelles avec un petit groupe peuvent être proposées : cuisine, jardinage, soins aux animaux, activités manuelles diverses.
Certaines de ces activités sont proposées tout au long de l’année, ce qui permet à chacun de les
aborder au rythme qui est le sien et de répéter jour après jour les mêmes manipulations si cela lui est nécessaire.
D’autres se modifient, s’enrichissent, disparaissent éventuellement au profit de propositions alors plus adaptées à l’évolution des enfants et à leur grandissement.
Ce temps fort de la matinée en maternelle, riche d’activités et de relations, se termine par un rangement pris en charge par l’ensemble des enfants, puis chaque groupe se retrouve dans sa classe pour un temps collectif.

Sable
jeux

2. Pourquoi ce choix?

- pour favoriser le développement de l’autonomie
Pendant ce long temps, l’enfant choisit lui-même son activité, qu’il peut exercer seul, sans forcément
un regard ou une intervention extérieurs. Il va ainsi prendre confiance en ses capacités, apprendre à s’organiser et à mener une activité pour elle-même et non uniquement en réponse à une demande d’adulte.

- pour développer la socialisation
Les enfants peuvent choisir de faire une activité ensemble : c’est alors l’occasion d’apprendre à discuter et à accepter les règles de vie en collectivité.

- pour développer la créativité et la personnalité
L’accès libre à des activités liées au domaine artistique ou aux jeux symboliques permet de s’exprimer plus librement, de choisir davantage son support, son matériau, son mode d’expression et ainsi d’affirmer plus facilement sa personnalité.

- pour individualiser les apprentissages
Accorder du temps aux activités librement choisies par l’enfant, c’est prendre en compte son rythme, ses besoins, ses intérêts pouvoir lui apporter une aide individuelle au moment approprié.

- pour construire des savoirs et des savoir-faire
Les apprentissages amorcés à d’autres moments en activités plus dirigées peuvent être réinvestis. Les nombreux échanges entre enfants, ou avec l’adulte, permettent de développer le langage dans des situations de communication réelle.

3- Quel  rôle  a  l’enseignant?

* Il organise la classe pour offrir de multiples possibilités.
* Il intervient à la demande des enfants ou pour éviter une situation dangereuse ou gênante pour un enfant.
* Il montre de l’intérêt pour ce qui est réalisé, il encourage, il sécurise et peut apporter une aide pour
mener un projet à son terme.
* Il aide au respect des règles de vie collective.
* Il fait verbaliser le plus souvent possible les enfants afin de favoriser une prise de distance par rapport à leur réalisation ou par rapport à leurs conflits.
* Il observe les enfants et peut ainsi mieux connaître leurs possibilités et leurs intérêts.

JE

 

B. En Elémentaire : Donner une place à une vie de classe, avec des intérêts et des projets communs à tous les enfants, place fondamentale dans la pédagogie Decroly

Dans une classe par nature hétérogène, il est fondamental de sauvegarder une unité, une vie de classe dans laquelle les enfants travaillent ensemble autour d’un projet. C’est ici que la notion decrolyenne «d’intérêts» trouve sa place.
Les projets liés à un intérêt commun peuvent émerger d’un questionnement des enfants, de leurs observations. Ils permettent la constitution du groupe-classe, et sont l’occasion d’échanges, de coopération entre enfants. Ici, le travail de chacun, est utile à la réalisation du projet de tous, même si les compétences sont très diverses. Sont ainsi favorisés les recherches communes, le travail d’ordre méthodologique et les activités transdisciplinaires. Ce type de travail permet également de donner du sens aux apprentissages qui s’intègrent alors de manière visible à la réalisation d’un projet concret.

ENSEMBLE

Par exemple, un travail sur le jardin de la classe permet, en fonction des capacités de chaque élève :
- des activités de mesure (périmètre, aire, durées, pesées des récoltes)
- des activités autour de la topologie (plans à l’échelle, travail sur l’exposition)
- des activités mathématiques (proportionnalité, calculs pour les achats nécessaires, courbes de croissance, etc.)
- des recherches documentaires, des productions d’écrits...
- l’étude du cycle des végétaux, la notion de milieu, etc.
- des activités de plantation, de cuisine, etc.
- organiser les apprentissages les plus adaptés aux rythmes et aux besoins des enfants.

 

La différenciation peut se faire à partir d’une proposition collective, à partir d’un même support, seule la tâche demandée étant individuelle et menée de manière autonome.
Une telle différenciation peut aussi être assurée dans le cadre de groupes hétérogènes (l’objectif est de permettre la collaboration, la recherche commune, et la confrontation des méthodes), mais également avec des groupes homogènes (la collaboration trouve alors sa justification dans les besoins communs, et dans l’apport d’aides spécifiques).

C. Au Collège : une organisation particulière

Au Collège, nous avons cherché à diversifier les manières d’apprendre, en faisant varier la périodicité et la durée des activités, les possibilités de regroupement des enfants et les situations d’apprentissage.
Certaines matières ne sont enseignées qu’en apprentissages dits systématisés : (EPS, Langues I et II, Informatique et Histoire/Géographie en 6ème et 3ème).
Ce sont des séances de travail qui ont lieu une ou plusieurs fois par semaine, toute l’année et par classe. Le rythme de travail est davantage donné par l’enseignant. Le travail y est essentiellement individuel ou collectif et organisé dans une progression annuelle.
D’autres matières ne sont enseignées que dans le cadre des modules (Sciences naturelles, Arts plastiques, Photo-vidéo, Musique). Il existe enfin un troisième type d’activités dans la semaine : le Projet.

1. Les modules

Les modules regroupent des enfants d’âges différents (groupes de 7è/6è, 6è/5è, 5è/4è, 4è/3è). Ainsi chaque enfant de 6è, 5è, et 4è se retrouvera, à divers moments de la semaine, en tant que plus jeune ou en tant que plus âgé d’un groupe.
Dans son petit groupe de travail, il peut aider, être aidé, expliquer, proposer une solution plus expérimentale, se rattachant davantage à du concret, ou déjà utiliser des démarches plus conceptuelles. Les connaissances, les outils de travail des enfants étant effectivement différents, il sera possible alors de confronter des démarches différentes, de retravailler des notions mal ou pas assimilées, ou d’aller au-delà de ce qui est habituellement proposé à une classe d’âge.

Ce sont des séances de 2 heures, sur 8 semaines consécutives, qui permettent de travailler sur un sujet formant une unité qui n’est pas forcément un point du programme d’une classe.
Les modules permettent de manipuler, de développer des démarches de recherche, de respecter davantage les rythmes individuels, de mieux répondre aux difficultés de chacun, de travailler de façon moins parcellaire.
L’enfant peut, avec les autres, fabriquer ses outils, s’investir dans une production individuelle ou de petit groupe, expérimenter des matériaux et des techniques diverses.
Le nombre d’enfants (moins de 20), permet un réel échange entre eux.

dessin

Quelques intitulés de ces modules :
-      Symétries, Aires, Ecrire une robinsonnade ou Peupler le milieu en 6è/5è,
-      Volumes, Mesures ou Images et mots en 7è/6è,
-      Trigonométrie, Relations dans le plan, Images pour convaincre, Tectonique des plaques ou Autobiographies en 4è/3è,
-      Volumes du bas-relief à l’assemblage, La ville en poésie, Electricité, L’Europe et la France, Lire et écrire des textes documentaires en 5è/4è.

Dans les matières qui sont enseignées à la fois en apprentissages systématisés et en modules (Français, Mathématiques, Physique, Histoire/Géographie en 5è/4è), la répartition s’est faite selon la nécessité d’une progression annuelle pour certaines notions ou selon l’intérêt de manipuler, d’avoir du temps pendant les séances pour émettre des hypothèses, les vérifier, pour procéder par essais- erreurs.
Une même notion, développée sur 2 ans dans les programmes peut alors être proposée en module (statistiques en 5è/4è, matières/couleurs en 6è/5è).

classe

2. Le projet.

Une demi-journée par semaine, soit 3 heures de suite, les enfants sont regroupés par classe de même niveau, autour d’un projet annuel dont le thème commun à l’ensemble du collège, est choisi par les enseignants en début d’année.
Cette activité est la continuité de pratiques que les enfants connaissent à l’école depuis les petites
classes.
L’objectif est à la fois méthodologique et social : apprendre à travailler ensemble et à réaliser une production ou un objet collectif qui ne soit pas une juxtaposition de tâches partagées.

Les méthodes mises en œuvre sont diverses et sortent du cadre de techniques scolaires liées aux disciplines : des moyens plus larges d’investigation, d’observation, de classement, d’analyse, d’association, d’expression sont utilisés.
Les enfants élaborent des questionnaires, pratiquent des interviews, émettent des hypothèses de travail qu’ils vérifient par l’observation et l’analyse, confrontent leurs résultats.
Peu à peu le projet se construit à partir de ces axes de recherche et se réalise sous diverses formes : exposés, saynètes, maquettes, montages diapos, films...

Ces réalisations sont montrées en fin d’année aux autres enfants et aux parents, lors d’une journée «portes ouvertes».

Cette activité «projet» incite l’enfant à être actif, à organiser son travail à son rythme.
Il partage avec les autres ses questions, exerce son esprit critique, fabrique ses instruments de connaissance et peut acquérir une certaine autonomie dans le cadre d’activités scolaires. Par petits groupes, les enfants s’organisent pour un travail précis sur plusieurs séances et chaque groupe est régulièrement confronté au groupe classe.
Au cours de cette activité hebdomadaire, les enseignants délimitent les recherches et guident les enfants, ce qui nécessite une écoute et un suivi de chacun. Ils travaillent à deux, non seulement pour rendre l’aide plus efficace, mais aussi pour confronter deux points de vue différents.
C’est une activité au cours de laquelle les enseignants sont eux-mêmes en recherche, où ils n’ont pas forcément la solution aux problèmes rencontrés. Les échanges de savoir entre enfants et adultes sont donc rendus possibles et réels.

 

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